L'érotisme (dérivé du nom d'Éros,
dieu de l'amour dans la mythologie
grecque) englobe tout ce qui est propre à rappeler l'amour
physique, ou à émoustiller les sens,
c'est-à-dire à exciter sexuellement. Il peut s'agir
d'œuvres d'art, écrites ou visuelles (littérature,
cinéma,
photographie
, peinture,
sculpture, etc.)
ou bien de situations, d'objets... Avec le rire, on peut penser que
l'érotisme est le propre de l'homme.
L'érotisme passe par la culture
comme par l'imaginaire.
La littérature érotique et libertine
est vieille comme le monde ; de Rabelais
à Apollinaire
jusqu'à Alina
Reyes ou Pauline
Réage. Au Moyen Âge existait déjà une
érotique des troubadours, le "fin'amor". Bien des
écrivains sérieux, comme Diderot
ou La Fontaine,
furent aussi secrètement auteurs de contes galants.
L'érotisme est une source d'inspiration en littérature,
mais aussi en peinture (Bonnard,
Masson,
Degas à
Picasso...) ou au
cinéma (Jean-Paul
Civeyrac, Catherine
Breillat...)
Le peintre Courbet
choque en présentant un nu féminin dans sa plus simple
expression, L'Origine
du monde.
Érotisme et
pornographie
L'érotisme se différencie de la pornographie
en ce que la pornographie ne définit que ce qui est montré
(c'est-à-dire la relation sexuelle humaine montrée
explicitement) tandis que l'érotisme ne définit que ce
qui est ressenti (c'est-à-dire l'excitation sexuelle). La
pornographie n'est donc pas un érotisme plus "corsé".
Elle appartient à un autre domaine sémantique. Il
arrive que la pornographie et l'érotisme se confondent (la
pornographie étant un moyen pour atteindre un but :
la sensation érotique, l'excitation), comme il arrive qu'ils
n'aient rien à voir. Exemples :
Érotisme sans
pornographie : une attitude, une posture ou un geste d'une
personne qui, bien que vêtue et ne faisant rien de
particulièrement "sexy", provoque chez un
observateur une excitation.
Pornographie sans érotisme :
des films pornographiques qui laissent le spectateur indifférent
(pour beaucoup de gens, des corps interagissant de façon
mécanique, sans rien exprimer et sans ressenti ne provoquent
rien) ou des œuvres artistiques qui utilisent la pornographie comme
un moyen esthétique (voir certains travaux de H.R.
Giger).
Pornographie avec érotisme : ces même films
pornographiques, sur un autre public (ou alors réalisés
différemment, avec un certain talent de mise en scène
ou d'interprétation par exemple) peuvent totalement créer
une excitation sexuelle.
Dans le langage courant cependant, le terme de pornographie
n'est souvent perçu que comme une intensification de
l'érotisme - voir par exemple la presse TV et la façon
dont elle classe les films : un "film érotique"
ne montre pas les organes sexuels (contrairement à un "film
pornographique") sans toutefois être forcément
érotique, c'est-à-dire apte à provoquer
l'excitation chez le spectateur. Il est aussi parfois vu comme une
perversion de l'érotisme, ce dernier étant jugé
plus noble et plus fin car ne montrant pas des parties du corps
supposées obscènes. Cette confusion vient du fait que
la plupart des œuvres pornographiques sont faites avant tout pour
provoquer des sensations érotiques.
Les termes anglais de soft et hard sont alors
utilisés pour différencier la valeur de ces deux termes
que l'on met dans le même domaine sémantique, l'érotisme
étant soft et la pornographie hard. Comme la
distinction entre soft et hard reste propre à
l'appréciation de chacun, il est clair que l'utilisation dans
le langage courant des termes de pornographie et érotisme
rend difficile et souvent confuse toute analyse du sujet.
Imagination, séduction et tenue vestimentaire

L'érotisme excite parfois l'imagination sans rien montrer
Particulièrement chez les hommes,
l'érotisme est souvent lié à la vue. Les
réactions seront bien sûr différentes d'une
personne à l'autre, mais il y a quelques "fondamentaux"
bien ancrés dans notre imaginaire.
C'est ainsi que souvent, quelqu'un trouvera séduisant,
voire érotique, une personne habillée court, ou bien
encore dont le vêtement baille (comme l'écrit Roland
Barthes dans la citation ci-dessous), voire encore une personne vêtue
d'un vêtement
moulant. L'érotisme peut également provenir dans ce
cas de la stimulation de l'imagination, l'imagination magnifie ce qui
n'est pas visible, le rend potentiellement encore plus beau dans
l'esprit de l'observateur ; c'est pour cette raison que beaucoup
d'hommes trouvent une femme en dessous beaucoup plus érotique
qu'une femme totalement nue. En effet, le ressort potentiellement
infini découlant de l'imagination n'existe plus ou est
sérieusement diminué.
De la même manière, l'érotisme peut être
également stimulé par l'ambiguïté d'une
attitude, la suggestion, le non dit, voire la promesse d'une
situation future, car l'imagination est également mieux
sollicitée. Cela fait partie du ressort de séduction de
beaucoup de femmes, consciemment ou inconsciemment. C'est dans ce
sens qu'il faut comprendre la citation de Sacha
Guitry : Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on
monte l'escalier.
Comme cela est très bien expliqué par les auteurs de
ce dernier article, certains vêtements (ou accessoires) peuvent
provoquer chez tout un chacun un fétichisme
sexuel, c'est-à-dire une attirance sexuelle
caractérisée par une forte excitation érotique à
la vue de ces vêtements. C'est bien sûr le cas de
certains vêtements, mais c'est aussi le cas d'accessoires,
telles que les bottes
(bottes cavalières, cuissardes).
Cet érotisme naîtra parfois de la transgression
opérée par la personne qui "ose" ne pas
rentrer dans l'uniformité ambiante en se faisant remarquer par
sa tenue vestimentaire, par son "look".
Avec l'arrivée d'Internet, s'est développé
une nouvelle forme d'érotisme basée entièrement
sur l'imagination et l'utilisation des mots. Certaines personnes
apprécient cette forme d'érotisme car elle permet de
parler de ses fantasmes en toute sécurité, anonymat, et
en se libérant des inhibitions et des contraintes sociales de
la vie réelle.
Durant les dialogues érotiques, les partenaires s'engagent
dans des Jeux
de rôles virtuels appelés "scenarios" dans
le Jargon du Chat,
où ils s'imaginent dans situations érotiques très
explicites, décrivant avec précision leurs envies et
leurs fantasmes. Ces simulations poussées à l'extrême
peuvent revêtir un caractère très réaliste
pour certains.
Une tradition de correspondance érotique existe depuis
longtemps. Une des plus connues est celle ayant existé entre
Georges Sand
et Frédéric Chopin ;
mais la nouveauté introduite par le chat érotique est
l'anonymat, l'instantanéité et la disponibilité
rapide de partenaires multiples et différents appartenant à
des milieux socio-culturels variés, pouvant assouvir tous les
fantasmes.
Approche philosophique
Le philosophe Michel
Henry fait une description phénoménologique de
l’érotisme et de la relation amoureuse dans son livre
« Incarnation, une philosophie de la chair ».
Roland Barthes : "L'érotisme
c'est lorsque le vêtement baille"
Jean-Clet
Martin traite le rapport de l'érotisme à
l'éternité :100 mots pour jouir de l'érotisme,
Ed. Empêcheurs/Seuil. Il montre que le corps ne s'approfondit
pas seulement vers l'intérieur, en tant que pensée et
conscience, mais se réalise à même une surface
d'exposition durable, dans l'érotisation des parures et la
grâce des tatouages, des masques et des transparences.
L'individu fini, centré sur soi, tel que le voit déjà
Bataille, trouve donc dans l'érotisme la force d'une extase
hors de soi. Le dieu de la beauté, Apollon, célèbre
ainsi, au-delà de son interprétation Nietzschéenne,
l'art d'élaborer une frontière avec Autrui qui se
passe de toute intériorité et de toute profondeur
(Parures d'Eros. Un traité du superficiel, Ed. Kimé).
Erotisme et finitude
Selon Georges
Bataille, il n'y a érotisme que pour un individu fini,
centré sur lui-même, et qui se sent pourtant poussé
à se fondre, au risque de s'y perdre, en une communauté
avec autrui, communauté charnelle, communauté du
sentant et du senti, écrit Lévinas
pour décrire la proximité sensible des corps,
c'est-à-dire la volupté. L'érotisme doit
beaucoup à la curiosité, ou plutôt la
fascination, pour un corps fait autrement que le nôtre.
Plus profondément, l'érotisme est la promesse de la
coïncidence, pourtant impossible sinon charnellement, entre ces
deux mondes que sont deux personnes distinctes (voir Le Banquet
de Platon et le discours qu'il met dans la bouche d'Aristophane).
Ainsi, l'acte amoureux participe de la profanation. L'érotisme
est une joute, où il s'agit d'amener l'autre à sortir
de son retrait, à s'exposer. La caresse serait selon Sartre
une véritable incantation. Elle invite le partenaire à
investir son corps, à être son corps, à s'offrir,
non comme pure chair, mais comme chair habitée par une
personne, une liberté. Mais, note Michel Leiris, « tenir
le sacré » c'est «finalement le détruire
en le dépouillant peu à peu de son caractère
d'étrangeté».
Toujours dans Le Banquet de Platon, on voit Socrate
expliquer que l'érotisme vise plus haut que la communauté
et la complémentarité des amants, qu'il fait signe vers
le Vrai.
Comme la religion, l'érotisme confronte l'individu à
une puissance créatrice qui le dépasse. Moins peut-être
Dieu, ou l'Idée du Beau, que la vie, la sexualité au
sens biologique du terme, la reproduction.
Sacrée, la sexualité est à la fois effrayante
et attirante. Selon Bataille, elle n'est pas tant immorale qu'elle ne
suspend la morale individuelle au nom de la vie et de l'espèce.
L'érotisme a ceci de commun avec la mort qu'il réfute
la fermeture sur soi de l'individu, fermeture à laquelle il
doit sa conscience et son moi. La pulsion sexuelle, liée à
la reproduction, dépasse l'horizon de l'instinct de
conservation. L'individu ne se reproduit pas parce qu'il est mortel,
il est mortel afin que la vie puisse se renouveler.
Sexualité
et séduction
Simone
de Beauvoir, dans Le
Deuxième Sexe, a souligné à quel point,
dans le cas des mammifères, la sexualité prend un sens
différent pour le mâle et la femelle. Chez cette
dernière, « l'individualité n'est pas
revendiquée : la femelle s'abdique au profit de l'espèce
qui réclame cette abdication ». Aussi, le mâle
aurait surtout à jouer le rôle du tentateur, voire de
l'agresseur, à manifester sa puissance vitale par un luxe
gratuit et magnifique. La coquetterie, qui consiste à fuir ce
que l'on sollicite, à se refuser et à se donner, serait
l'expression de l'appréhension de la femelle, qui vit
l'enfantement dans sa chair, s'y aliène.
L'érotisme s'oppose cependant à la brutalité
du désir, ou du moins la déguise. Alain écrit à
propos de la danse amoureuse qu'il est bon que « l'animal
ne se montre pas trop, et enfin qu'il s'humanise ».
L'érotisme manifeste à la fois la proximité de
la frénésie et la capacité de la retenir. Il est
sublimation, non pas tant cependant pour nous détourner de la
sexualité que pour la purifier de tout ennui. L'érotisme,
c'est la sexualité devenue art et rythme.
On a donc raison de le distinguer de la pornographie, qui est une
forme de négation du désir et de la personnalité
de l'autre. L'obscène participe du réalisme. Il
présente la chair, ou l'acte, dans toute sa matérialité.
Il nie le féminin, qui n'existe que dans le retrait. Il y a
cependant bien au fond du jeu érotique l'horizon de la chair.
Il n'habille l'autre de pureté que pour mieux l'en dépouiller.
Le penseur Emmanuel
Lévinas écrit que « le beau de l'art
invertit la beauté du visage féminin » en le
privant de sa profondeur et de son trouble charnel, en faisant de la
beauté une forme recouvrant la matière indifférente
du tableau ou de la statue. Le mot "invertit" fait,
peut-être, allusion à l'amour platonicien, qui concerne
de jeunes garçons et qui vise à s'élever par
sublimation de la beauté du corps à celle de l'âme
et des Idées. Mais dans la nudité érotique « le
visage s'émousse » et «se prolonge, avec
ambiguïté, en animalité ». L'ambiguïté
de la beauté serait celle du visage lui-même, qui à
la fois appelle le respect et est offert à la profanation.
« L'irrespect suppose le visage ».
Le libertinage
Schopenhauer
était frappé par le contraste entre la légèreté
et le brillant du marivaudage et le sérieux, tout animal selon
lui, de l'acte sexuel. Aussi assimilait-il le jeu érotique à
un simple leurre, un piège tendu par la vie elle-même à
l'intelligence et à l'individualité des amants. Mais on
peut, à l'inverse, remarquer que l'érotisme, qui se
soucie peu de la procréation, fait durer le plaisir et le
désir quand la pulsion sexuelle, laissée à
elle-même, s'épuise vite. L'érotisme est ainsi
profondément humain. En effet, l'espèce humaine se
singularise en ce qu'elle ne connait pas l'alternance animale
de l'indifférence sexuelle et du rut. C'est dans cet espace
d'indétermination que se développent aussi bien la
police des mœurs que le libertinage. Le désir n'est plus tant
provoqué par la nature que par l'art de la séduction.
Le plaisir s'affranchit de toute légitimation biologique ou
sociale et s'affiche avec toute la gratuité et la légèreté
du jeu. L'érotisme se confond alors avec tout ce que la
culture, l'ingéniosité, ajoutent, ou retranchent, à
la sexualité pour en faire un jeu plaisant et désirable.
L'amour lui-même semble alors trop contraignant et trop
sérieux. Dans le Phèdre,
Platon fait dire à l'orateur Lysias qu'il vaut mieux favoriser
les entreprises de séduction de ceux qui ne nous aiment pas,
car ils sont bien moins importuns et inconséquents que les
amoureux. L'érotisme sera simplement une forme de
civilisation, comme l'art ou la conversation. Il y a cependant là
une tentative un peu dérisoire pour banaliser le plaisir
érotique, le penser sur le modèle de la jouissance
gustative. L'érotisme n'est-il pas par essence confrontation à
un autre corps et à une autre personne, au mystère
d'une autre expérience et d'une autre conscience ?
Il y a bien entendu aussi du défi dans le libertinage,
comme le montre la figure de Don Juan. L'individu joue avec le feu,
la "corne de taureau" selon l'expression de Michel
Leiris, c'est-à-dire les puissances sacrées de la
sexualité et de la mort, s'en approche au risque de s'y
brûler. Il défie les forces qui menacent son
individualité et son indépendance, le mariage, les
maladies, l'amour, et se retrouve finalement lui-même,
inchangé. Le libertinage voisine dangereusement aussi avec le
machisme. Simone de Beauvoir notait en effet que le mâle
mammifère se détache de la femelle au moment même
où il la féconde. Ainsi « le mâle au
moment où il dépasse son individualité s'y
enferme à nouveau ». Il est vrai que la
contraception et la libéralisation des mœurs permettent
également à la femme cette forme de jeu érotique.
A voir:
http://www.dailymotion.com/video/x27xfa_non-sarkozy-netait-pas-ivre-resume